Voeux 2008 : Lettre du GECNAL aux futurs élus municipaux

Mardi 1er janvier 2008, par Gestionnaire du site // Nos actions

En cette période de vœux et de bonnes résolutions les membres du GECNaL en profitent pour mettre à disposition des futurs élus une lettre ouverte... Ces propositions sont rédigées à l’origine pour les élus de la région Sarregueminoise mais peuvent évidemment être exploitées par tous ceux qui se soucient de l’environnement.
Voici nos souhaits pour cette nouvelle année.

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Lettre aux futurs élus

Lettre du GECNAL aux futurs élus municipaux du territoire de la CASC (Communauté d’Agglomération de Sarreguemines Confluence)

Mesdames et messieurs,

Depuis 25 ans le GECNAL (Groupement d’Etudes et de Conservation de la Nature en Lorraine) agit sur le territoire de la CASC en faveur de la protection des biotopes et des espèces sensibles, il participe régulièrement aux enquêtes publiques et aux suivis scientifiques régionaux et nationaux, il s’efforce également de sensibiliser les scolaires et les citoyens à l’importance de protéger notre environnement et notre biodiversité.

Aujourd’hui, à la veille des élections municipales notre association tire la sonnette d’alarme :

Paysages et biodiversité de notre territoire sont en régression alarmante !!!

Le GECNAL souhaite que les citoyens s’emparent de cette problématique, que les élus se positionnent dans leur campagne électorale sur ce thème, bref qu’un débat citoyen ait lieu.

Nos élus locaux ont mis en œuvre une politique d’environnement ambitieuse et responsable dans les domaines suivants :
- gestion des déchets
- dépollution des eaux superficielles
- création de pistes cyclables.

Aujourd’hui il faut aller plus loin et profiter du « Schéma de Cohérence Territoriale » en chantier pour décliner au niveau local les recommandations du « Grenelle de l’environnement » et pour adopter d’urgence un plan « Paysages et biodiversité » que nous avons organisé en sept points.

1 - Pérennisons durablement nos biotopes les plus remarquables

Orchidée sur une pelouse calcaire de la vallée de la Blies – Photo Alain Seitz

Actuellement les seules zones protégées de notre espace sont les 3 sites gérés par le Conservatoire des Sites Lorrains : les prés et mares du golf de Rouhling (10 hectares), la tourbière d’Ippling 55 hectares, et la pelouse marneuse de Grosbliederstroff (4 hectares). Soit un total de 69 hectares sur les 20.606 hectares que comptent les 25 communes de notre collectivité territoriale.

Seulement 0,3 % de la surface de notre territoire est donc protégée ! Alors que l’objectif affiché par le « Grenelle de l’environnement » est d’atteindre 2% du territoire.

Un plan concerté de mise en réserve naturelle d’un réseau de biotopes remarquables sur notre territoire est indispensable pour préserver la biodiversité locale. Chaque commune de la CASC devrait y participer en recensant, en protégeant et en gérant ses biotopes les plus intéressants (roselière, portion de rivière, pelouse sèche, zone humide, mare, étang, verger traditionnel, carrière, etc…) Il ne s’agit pas de mettre la nature « sous cloche » mais de gérer ses biotopes en donnant priorité à l’épanouissement de la biodiversité

Vous trouverez en annexe 1, les nombreux outils à la disposition des élus pour la mise en réserve des biotopes sensibles :

CHAQUE COMMUNE EST RESPONSABLE DE SES MILIEUX NATURELS POUR LES GENERATIONS FUTURES, ELLE SE DOIT DE LES RECENSER ET DE LES PROTEGER. LES ASSOCIATIONS ENVIRONNEMENTALISTES PEUVENT CONTRIBUER A LEUR ETUDE ET A LEUR SAUVEGARDE.

2- Protégeons nos haies champêtres

Pie-grièche écorcheur sur une haie champêtre de Guebenhouse – Photo :Frédéric Schwab

L’agriculture moderne de plus en plus productiviste banalise nos paysages en faisant disparaître les corridors écologiques indispensables que sont les haies champêtres. Les haies sont pourtant une composante indispensable de nos paysages, elles ont une valeur esthétique irremplaçable, elles protègent les sols contre l’érosion, elles abritent toute une flore et une faune typique, elles relient les biotopes, elles freinent le ruissellement et donc limitent les inondations.

Le Gecnal demande à nos futurs élus de protéger les haies existantes mais aussi de restaurer les haies en bordure des chemins communaux, des pistes cyclables, etc…

Nous demandons qu’une règle simple et facile à mettre en œuvre soit appliquée :

CHAQUE CHEMIN COMMUNAL PEUT ETRE SANS FRAIS BORDE D’UNE HAIE NATURELLE QUI TISSERA UNE TRAME VERTE POUR LA FAUNE LOCALE ET MIGRATRICE.

3- Plantons des arbres isolés sur nos espaces ouverts

Deux vieux arbres remarquables (peupliers noirs), à protéger en aval de l’écluse de Grosbliederstroff – Photo Alain Seitz.

Nos communes comptent sur leur ban, nombre d’arbres remarquables par leur âge, par leur port ou par leur intérêt paysager. Il serait intéressant de recenser les plus beaux spécimens, de les protéger (car ils sont souvent à la merci d’une tronçonneuse zélée), et de prévoir leur remplacement en envisageant dés à présent un ambitieux programme de plantation notamment en milieu ouvert, sur les espaces communaux et les délaissés, mais aussi (en collaboration avec la DDE) le long des routes, …

Les espèces indigènes (noyer, merisier, saule, chêne,…) sont à privilégier, ce sont elles qui enrichissent la chaîne alimentaire.

Les scolaires pourraient être associés à ces programmes de plantation.

IL N’EST PLUS ACCEPTABLE QU’EN UNE HEURE, PAR IGNORANCE OU PAR FACILITE, ON REDUISE A NEANT CE QUE LA NATURE ET NOS PREDECESSEURS ONT MIS UN SIECLE A ELABORER !

4- Sauvegardons le verger traditionnel hautes tiges et la faune qui lui est associée

Verger traditionnel hautes tiges entretenu à Sarreinsming – Photo Alain Seitz

Le verger traditionnel hautes tiges et les coteaux constituent la composante paysagère la plus menacée dans notre environnement alors qu’ils portent en eux un héritage culturel important.

Rappelons en effet que les coteaux bien exposés étaient jadis consacrés à la viticulture puis à l’arboriculture. Leur exploitation par les bouilleurs de cru aura marqué notre histoire.

Les coteaux, (herbagés ou arborés), souvent inaccessibles par les machines agricoles, ont une forte tendance à s’enfricher en raison de leur abandon total par l’activité humaine.

Le verger traditionnel hautes tiges est détruit d’une part par l’extension des lotissements, et d’autre part, gagné par l’enfrichement suite à l’abandon des pratiques de fauche et de pâture.

Actuellement seuls quelques vergers ou parcelles de verger échappent à ce tragique destin.

Avec la disparition du verger traditionnel se profile également l’extinction d’une espèce rare et emblématique de notre territoire : la chouette chevêche.

Il est du devoir de notre collectivité territoriale de travailler avec les associations de protection de l’environnement sur un plan d’urgence visant à sauvegarder ce rapace prestigieux et le biotope qui lui est associé.

Le « Plan paysage » est un outil important à la disposition des élus :

Le « Plan paysage » du Conseil Régional de Lorraine permet aux communautés d’agglomérations de bénéficier d’un subventionnement pour les initiatives dans ce domaine.
Voir sur le site de l’AREL
http://www.arel.asso.fr/sites/arel/accueil/themes/nosactions/paysage/presentationdelapolitique

PLUS QUE JAMAIS, DANS UN CONTEXTE DE FLAMBEE DES PRIX, LA RECOLTE DE FRUITS « BIO » ET GRATUITS DOIT REDEVENIR UNE EVIDENCE POUR LES HABITANTS DE NOS COMMUNES RURALES.

5- Intégrons les projets industriels dans notre paysage

Transformateur EDF (en bordure du ban de Lixing Les Rouhling) bénéficiant d’une intégration paysagère (talus + plantation) suite à l’intervention du Gecnal dans l’enquête publique – Photo Armand Wernet

Nos campagnes ont connues ces dernières décennies une forte urbanisation : zones commerciales et industrielles ont émergées dans nos prairies créant activité et richesse mais défigurant trop souvent nos paysages.

Il est temps aujourd’hui de réfléchir au niveau de la CASC à une intégration paysagère de ces bâtiments et installations qui mériteraient de se fondre de façon plus harmonieuse dans notre environnement.

AUCUNE IMPLANTATION COMMERCIALE OU INDUSTRIELLE NE DEVRAIT SE FAIRE SANS UNE REELLE INTEGRATION PAYSAGERE ET DE REELLES MESURES COMPENSATOIRES ECOLOGIQUES.

6- Encourageons une agriculture respectueuse de la nature et de la qualité paysagère

Pâture mixte( équins bovins) dans un paysage bocager du coté de Woustviller – Photo Alain Seitz

L’agriculture est actuellement la principale responsable du déclin de la biodiversité en France. Les pratiques agricoles modernes uniformisent les paysages, polluent les eaux et sont responsables de la disparition de nombreuses espèces animales. Notre territoire n’échappe pas à cette tendance.

Nous demandons que nos élus municipaux soutiennent en priorité les agricultures les plus respectueuses de l’environnement :
- l’agriculture biologique labellisée
- l’élevage (amateur ou professionnel) extensif notamment équin (particulièrement respectueux des équilibres naturels en raison de la fauche tardive qu’il induit)
- l’élevage ovin et caprin (notamment sur les terrains pentus et les fonds de vallée abandonnés par l’agriculture productiviste)
- l’apiculture

Et que les services municipaux donnent l’exemple en gérant les espaces verts sans produits phytosanitaires.

Rappel des outils à la disposition des élus :
- la mise à disposition des terrains communaux aux agriculteurs respectueux des écosystèmes
- l’achat de produits bio pour les cantines auprès des agriculteurs labellisés du territoire
- la politique de subventionnement

SEULE UNE PRODUCTION LOCALE ET DE QUALITE OFFRE UNE ALTERNATIVE FACE AU GACHIS D’ENERGIE ENGENDRE PAR L’IMPORTATION DE PRODUITS DE MEDIOCRE QUALITE ET D’ORIGINE INCERTAINE.

7- Arrêtons le programme routier sur notre territoire

Renard écrasé sur une route du coté de Sarreguemines – Photo Frederic Schwaab

D’après le Conseil Général de Moselle nous disposons déjà de 4200 kms de routes ce qui doit faire de notre département l’un des plus équipés de France. Cela signifie autant de trafic, de bruit et d’émission de CO2. Des camions partout, dont beaucoup ne font que transiter. Mais les choses changent. L’inquiétude due au climat grandit, les problèmes de pollution s’aggravent, le carburant devient de plus en plus cher et ira en se raréfiant. Dans ce contexte nous demandons l’arrêt de la construction de nouvelles routes génératrices de nouveaux problèmes écologiques. Vouloir garantir le développement en construisant des routes est une idée du passé. L’heure est venue d’investir dans un développement plus durable : commerces de proximité, circuits courts pour les produits alimentaires, transports en commun…

LA CONSTRUCTION INCESSANTE DE NOUVELLES ROUTES N’EST QU’UNE SOLUTION A COURT TERME, RAPIDEMENT ANNULLEE PAR L’AUGMENTATION DU TRAFIC QUI EN RESULTE. LA SUR-CIRCULATION DOIT ETRE RESOLUE EN AMONT PAR DES CHOIX DURABLES. STOP AU GOUDRONNAGE DE CE QUI NOUS RESTE DE NATURE ! Chouette effraie – Photo Frederic Schwaab

En conclusion, notre patrimoine naturel d’aujourd’hui est à l’image de notre patrimoine historique il y a quelques années, lorsque ses plus beaux fleurons (le Casino des faïenceries, le Château Utzschneider, le moulin de la Blies, etc…) partaient en ruines dans l’indifférence générale.

Nos élus ont su à l’époque relever le défi de la sauvegarde de ce patrimoine historique prestigieux, ils ont su le valoriser, en faire un centre d’intérêt touristique, un outil pédagogique, une vitrine…

Il faut maintenant préserver un patrimoine naturel plus méconnu mais tout aussi remarquable.

Nos futurs élus auront un rôle important à jouer dans sa sauvegarde pour les générations futures.

A la vitesse où se dégradent nos biotopes le prochain mandat électoral sera déterminant !!

Le Gecnal sera aux côtés de ceux qui décideront d’agir dans ce domaine.


Documents joints

Lettre aux futurs élus
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