Notre position sur la réalisation de la voie dite "verte" Saint-Avold-Sarreguemines

Vendredi 11 juillet 2008, par Gestionnaire du site // Nos actions

1) Une nécessité contestable sur le plan de l’infrastructure

Encore une route nouvelle ! Notre département compte déjà plus de 4000 kilomètres de routes, ce qui doit faire de la Moselle l’un des départements les plus bitumés de France. A l’intérieur de celui-ci le secteur concerné est déjà fortement équipé : nous aurions aimé trouver dans l’étude –par ailleurs fort documentée en tableaux et graphiques divers -un document comparatif sur la densité de routes au kilomètre carré.
Et tout cela pour quoi : améliorer la circulation entre St-Avold et Sarreguemines-Hambach. Deux points qui sont déjà reliés par deux axes structurants (autoroute A4 et CD 31-bis) comme votre dossier le rappelle d’ailleurs. A vol d’oiseau, ces deux axes ne sont distants que de quelques kilomètres du tracé prévu. Faut-il vraiment faire une troisième saignée dans ce paysage ?
Comme le précise le dossier, le secteur touché est déjà encadré de 4 routes. Est-il nécessaire et urgent d’en créer une cinquième qui passerait au beau milieu ?

2) Le milieu naturel sacrifié

Le projet décrit aura comme conséquence de dégrader définitivement des pans entiers de nature qui sont pour l’instant indemnes de tout aménagement et constituent des îlots de calme et de biodiversité dans une région déjà fortement soumise aux pressions d’aménagements en tous genres .Quelques exemples parmi d’autres : la forêt de Théding, le vallon naturel entre Ippling et Rouhling sur toute sa longueur avec ses vergers et ses arboriculteurs ainsi que la cuvette de naissance du Strichbach riche en aulnaies primitives..
La ceinture de vergers des villages , de Diebling à Ippling , constitue le lieu de vie d’une biodiversité remarquable que le "Grenelle de l’environnement "a justement décidé de sauvegarder. L’étude d’impact cite la"Pie-grièche à tête rousse" mais a oublié la population de Chouette chevêche (Athene noctua) espèce intégralement protégée que nous suivons depuis des années et dont le statut précaire a nécessité la mise en place d’une action de sauvegarde. Cette espèce sensible bénéficie d’un programme national de protection. Moins de dix couples survivent actuellement dans le triangle St Avold-Forbach-Sarreguemines. La réalisation de cette voie de circulation aurait comme conséquence de dégrader fortement le biotope de nidification actuellement occupé, à savoir les secteurs de vergers au Nord des communes de Diebling, Metzing , Hundling et Ippling. Plusieurs sites occupés seront détruits ! Cette espèce se déplaçant en vol à faible hauteur est de plus fatalement victime du trafic dans ses déplacements entre les différents sites.
Une atteinte à ces milieux tombe sous le coup de la Loi de 1976 sur les espèces protégées.
La Ligue de Protection des Oiseaux, représentative sur le plan national , sera bien entendue informée et susceptible de relayer cette démarche au plus haut niveau.

Rappelons au passage que ces voies dites " vertes " sont très meurtrières pour la faune sauvage en général (voir l’axe Bitche – Sarreguemines…) et diminuent de façon importante la valeur des lots de chasse traversés,liée à la richesse du biotope.

3) L’option SUD

Bien que n’étant pas directement envisagée dans le cadre strict du tracé prévu, l’option Sud est à juste titre étudiée de façon détaillée. L’étude d’impact souligne la haute valeur paysagère, floristique et faunistique de la zone qui serait impactée par une telle option. Celle-ci reviendrait à détruire la dernière vallée "naturelle" non anthropisée et préservée du mitage pour l’instant : la vallée de "l’Altwiesenbach" sur toute sa longueur, soit une vingtaine de kilomètres, dégradant au passage de remarquables forêts classées et affectant le premier site "Natura 2000" du département(le marais d’Ippling-Sarreguemines) . Cette "option Sud" aurait tout du fameux principe N.I.M.B.Y.(not in my backyard = pas dans mon jardin ,en clair : oui au bétonnage de la nature et à la pollution automobile, mais pas près de chez nous s.v.p.)

Nous tenons à rappeler que notre association a, en son temps, participé à la sauvegarde de cette belle vallée qui devait être partiellement noyée pour devenir un banal plan d’eau de loisirs. De plus le Conservatoire des Sites Lorrains y protège des sites remarquables.

4) La Protection des riverains

La motivation la plus importante de ce projet est, à juste titre, de diminuer les nuisances et les dangers subis actuellement par les riverains du CD 910. Cet impact quotidien et croissant est actuellement difficile à supporter ! Cependant les prévisions d’augmentation du trafic, contenues dans ce dossier, se révéleront fausses parce que le coût du transport routier est en train d’augmenter de façon exponentielle , ce dont cette étude ne tient aucun compte. Ce mode de pensée en catégories surannées est issu d’une époque où le pétrole brut était abondant et bon marché, et où l’on pensait que pour développer une région il suffisait de faciliter le trafic des automobiles et des camions .

N’est-il pas du ressort d’une collectivité territoriale de favoriser l’émergence de nouveaux concepts de développement ?
Le moment est peut-être venu de penser l’avenir autrement pour notre région.
Avec 30 000 000 d’€uros (apparemment les caisses du département sont moins vides que celles de l’Etat) on pourrait réaliser autre chose qu’une nouvelle route.
Mais il faut pour cela mettre l’imagination au pouvoir et faire vraiment du développement durable :

- dans l’immédiat, mettre en oeuvre des moyens pour diminuer le trafic en décourageant le transit : ralentisseurs, chicanes fleuries , feux tricolores, circulation limitée à 3,5 t sauf desserte locale sont quelques-uns des équipements possibles et ne gênent que très peu les usagers locaux. De nombreuses municipalités ont déjà eu ce courage ! Les camions en transit resteront alors naturellement sur les axes plus circulants existants par ailleurs ….

- création tout au long du CD 910 d’aires de stationnement pour le covoiturage.

- les riverains du CD 910 sont aussi riverains d’une voie ferrée sous-employée. Un tramway pourrait y circuler et assurer les déplacements professionnels et privés des particuliers, à moindre coût et avec un impact insignifiant sur l’environnement.

Ces propositions feraient, elles aussi, travailler les entreprises du BTP et permettraient d’investir l’argent public dans du développement durable ce qui n’est pas du tout le cas du projet actuellement présenté.

Document annexe : La CHOUETTE CHEVECHE ( Athene Noctua)

Voici deux photographies réalisées en Juin 2007 sur un des sites de reproduction qui serait définitivement détruit par la réalisation de la voie de contournement.


Pour des raisons de sécurité, l’emplacement exact n’est pas mentionné ici.